BYE BYE BLONDIE
VIRGINIE DESPENTES
Le lendemain de l'arrivée d'Eric, une dame en blouse blanche était rentrée dans la chambre de Gloria. Etait-elle psy,
nettoyeuse de chiottes ou emmerdeuse notoire, elle n'avait pas précisé, tout ce qui l'intéressait, c'était qu'elle arrête d'écouter de la musique trop fort...au walkman. Dans cet endroit, un des
principes de base, pour que tout le monde aille mieux, sans doute, c'est que n'importe qui pouvait entrer dans les chambres n'importe quand pour raconter n'importe quoi. La nuit, par éxemple, ils
ouvraient la porte, plusieurs fois, en grand, laissant entrer la lumière, pour regarder. Des fois que quelqu'un dorme sur le dos alors que cette semaine fallait être sur le côté... ils
surveillaient, aussi, que personne baise. C'était pas du tout conseillé, les dingues entre eux. Paraît qu'ils savent se faire que du mal. C'est bien connu, chez eux, que les câlins
c'est mal et n'aide personne à se reconstruire. C'était à se demander qui remportait la palme des plus déchiquetés du chiraud, des malades et des enfermés? Toujours est-il, la connasse est
entrée, en trombe, furax. Gloria a ôté son casque, polie, sans rien manifester d'à quel point elle aurait apprécié pouvoir écouter un album de Motörhead en entier sans que cette tâcheronne vienne
l'interrompre.
La bonne femme a hurlé "On vous entend du couloir!" et lui a faucher l'écouteur pour l'approcher de son oreille, grimace. De toute
évidence, elle n'appréciait pas le rock. Matée, Gloria tenta un sourire gourde, genre "il faut de tout pour faire un monde". Mais la vieille ne voyait pas ça comme ça et elle s'empara du
walkman en haussant les épaules:"Comment voulez-vous progresser en écoutant une musique pareille". Gloria est restée assise, immobile, deux secondes, à se dire qu'elle ne voulait pas d'histoires,
qu'il s'agissait sûrement d'un test. Même ici, même eux, ne seraient pas cons à ce point-là. Comme s'il y avait des limites à la saloperie des dominants. La voix en Gloria qui lui conseillait de
rester calme et d'attendre que son père vienne en visite pour qu'il demande lui-même à ce qu'on lui restitue le machin, la voix qui conseillait de fermer sa gueule et tant pis pour les quelques
jours sans musique...Raison ou pas cette voix de lopette s'est retrouvée mise en minorité hyper vite et alors Gloria s'est jetée sur la bonne femme. Littéralement propulsée sur elle et comme
recouvrant de vieux réflexes de rugby girl (vestiges d'une vie antérieure?)...Elle l'a projetée dans le couloir, l'autre est tombée sur le dos, le walkman confisqué dans la poche. Et Gloria, à
genoux sur son ventre, la tenait fermement par les cheveux. Vite, avant que d'autres gluants ne se radinent et ne la tirent en arrière, elle avait eu le temps de la faire saigner un peu derrière
son crâne. Elle lui hurlait, tout près de l'oreille "salope de pute tu peux pas m'interdire d'écouter Motörhead, t'entends? tu ne peux pas faire chier A CE POINT!". En s'égosillant,
dans l'espoir que l'autre reste endommagée de l'oreille à vie!. Que ça vaille le coup de foutre le bordel. Lui niquer sa vie, sale pute, que plus jamais elle n'entende correctement. Sur le
moment, ça semblait important.
C'est ainsi que Gloria fut privée de musique, exactement et uniquement ce qui lui tenait un peu compagnie, privée de musique
jusqu'à la fin. Encore un truc qui allait l'aider à aller mieux, à se reconstruire, comme ils disaient. La bande à crevards et leurs sales méthodes de
tarés.
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